Deux études publiées cette semaine, l'une de leboncoin, l'autre de Jinka, convergent vers le même constat : les vagues de chaleur transforment en profondeur la façon dont les Français choisissent leur logement. Jardin plébiscité, dernier étage boudé, passoires thermiques écartées : le confort d'été s'invite au cœur des recherches. Et le DPE, pensé pour l'hiver, montre ses limites.
Pendant des décennies, le choix du lieu de vie des Français a été guidé par l'emploi et le prix. Une variable nouvelle s'installe désormais dans l'équation : le climat. Alors qu'un nouveau pic de chaleur déferle sur la France, deux études publiées à quelques jours d'intervalle mesurent, chiffres à l'appui, l'émergence de ce que leboncoin appelle un « réflexe climatique » dans les projets résidentiels.
Huit Français sur dix ont chaud chez eux
Le point de départ est massif : selon l'étude leboncoin, 81 % des Français déclarent ressentir un inconfort lié aux fortes chaleurs dans leur logement. La chaleur n'est plus perçue comme un événement exceptionnel mais comme une réalité du quotidien, en particulier pour les ménages occupant l'un des 3,9 millions de logements classés passoires thermiques (DPE F et G), soit près d'un logement sur huit.
Conséquence : 25 % des Français envisageraient une résidence secondaire dans une région plus fraîche si les canicules devenaient plus fréquentes. Les régions les plus exposées aux fortes chaleurs sont celles qui expriment le plus fort désir de départ, tandis que les Alpes, les Pyrénées ou le Massif Central pourraient bénéficier de cette recherche de fraîcheur et devenir progressivement des refuges climatiques.
« Les Français ne déménagent pas encore à cause du climat, mais ils commencent à choisir où », résume Nicolas Garcia Benitez, directeur du marché immobilier chez leboncoin. Avec une nuance de taille : «
L'enseignement le plus intéressant de l'étude 2026 n'est pas le désir de partir, c'est la difficulté à le faire. » 39 % des Français citent en effet les contraintes financières parmi les principaux freins au départ, une proportion en hausse par rapport à 2025. « Le risque n'est pas un exode climatique massif mais une nouvelle fracture immobilière », entre ceux qui peuvent « choisir leur climat » et les autres.
Dans les recherches, le basculement est immédiat
L'étude Jinka apporte la preuve comportementale. Le hub d'annonces immobilières a comparé plus de 26 000 recherches d'achat à Paris avant (1er-10 juin) et pendant (15-24 juin, pic à 41 °C) le dernier épisode caniculaire. Le basculement est net : au national, le filtre jardin bondit de 8 % et le balcon de 2 %, tandis que le dernier étage, synonyme de surchauffe, plonge de 19 % et que les passoires thermiques (DPE G) reculent de 12 %.
À Paris, où le béton amplifie tout, la quête de verdure double par rapport au national : +13 % pour le jardin, +4 % pour le balcon. Fait plus surprenant, le rez-de-chaussée, qui progresse de 2 % ailleurs en France, chute de 15 % dans la capitale : impossible d'y ouvrir les fenêtres la nuit en toute sécurité, ce qui annule son unique avantage rafraîchissant.
Le DPE, un indicateur d'hiver ?
L'enseignement le plus structurant concerne le diagnostic de performance énergétique, devenu le repère de confort des acheteurs. Problème : le DPE évalue essentiellement les performances hivernales d'un logement (isolation, chauffage) et ignore le phénomène d'inertie thermique. Résultat, une vieille maison en pierre mal isolée notée E peut rester bien plus fraîche l'été qu'un logement récent bien isolé noté A ou B.
« Le DPE n'est tout simplement pas conçu pour évaluer le confort estival. Des solutions existent pourtant : intégrer un indicateur de surchauffe dans la note DPE, comme le fait déjà la RE2020 dans le neuf, ou orienter les aides à la rénovation vers l'inertie, la ventilation et les protections solaires. En période de réchauffement climatique, on ne peut pas conserver comme guide un instrument qui ignore la chaleur », plaide Marc Lebel, CEO de Jinka.
Réflexe d'été ou tendance de fond ? Pour le dirigeant, la réponse ne fait guère de doute : « La vague de chaleur de juin semble avoir agi comme une prise de conscience collective du réchauffement climatique, faisant entrer la notion de confort thermique au cœur des préoccupations des acquéreurs. Ce qui peut ressembler à un réflexe d'été est sans doute le signe d'une tendance de fond. » Le climat tempéré serait-il en passe de devenir le nouveau critère immobilier ? Les vendeurs de biens sous les toits sont prévenus.